De 1964 à 1998, le phare et le centre de ralliement du wargame moderne.
Au-delà de cette critique, une archive complète du magazine : numéros, articles, jeux encartés et dossiers.
→ Explorer l'archive The General→ Explore The General archivePetite rectification historique avant de déployer notre carte d'état-major : le mythique magazine The General n’était la propriété ni de SPI (qui publiait Strategy & Tactics), ni de GMT Games (connu pour son encart C3i). Ce fleuron de la presse ludique appartenait au patriarche du milieu : Avalon Hill.
Pendant plus de trois décennies, de 1964 à 1998, cette publication bimestrielle a été le phare, la tribune et le centre de ralliement d’une communauté de passionnés construisant, un jet de dés après l'autre, l’histoire du wargame moderne. En route pour une plongée de 700 mots dans une époque où la stratégie s'écrivait à l'encre et se mesurait en millimètres.
Lorsque le premier numéro de The General sort des presses de Baltimore le 1er mai 1964, le jeu d’histoire grand public n’a que cinq ans. Avalon Hill, fondée par Charles S. Roberts, cherche un moyen de fidéliser sa clientèle et de centraliser le débat tactique. Ce qui n’est au départ qu’un modeste bulletin de 12 pages va rapidement se muer en la première revue professionnelle de simulations historiques.
Pour la somme de 4,98 dollars par an, le joueur de l'époque n'achète pas seulement du papier ; il s’offre un droit d'entrée dans un cercle de réflexion. L'objectif éditorial est affiché sans ambiguïté : améliorer le niveau de jeu, décortiquer les règles et proposer des variantes officielles pour des titres légendaires comme Gettysburg, D-Day ou Stalingrad.
[ Chronologie des Rédacteurs en Chef ] Thomas N. Shaw (1964-1972) -> Don Greenwood (1972-1982) -> Rex A. Martin (1982-1992)
Sous la direction de figures légendaires du milieu, notamment Don Greenwood à partir de 1972, The General se structure et s’épaissit pour atteindre un format stable de 60 pages dans les années 1980. La maquette devient reconnaissable entre mille : la couverture arbore fièrement l’illustration de la boîte du jeu mis à l'honneur dans le numéro.
À l’intérieur, la mine d’or s’ouvre pour les stratèges :
Le magazine devient un véritable "house organ" (organe interne), un outil marketing redoutable mais hautement qualitatif. Bénéficiant de liens étroits avec la maison d'impression Monarch Services, la revue affiche une régularité et une qualité graphique que les fanzines artisanaux de la concurrence peinent à égaler.
« Le magazine perdait techniquement de l'argent sur ses coûts d'impression par rapport à son tirage de 15 000 exemplaires, mais sa valeur résidait dans l'immense capital de bonne volonté et la publicité qu'il générait pour nos jeux. » — Archives Avalon Hill.
Au-delà des stratégies sur PanzerBlitz ou Squad Leader, The General tenait le journal de bord de la communauté avec sa section "So That's What You've Been Playing". Ce sondage permanent permettait de classer les jeux les plus joués et les mieux notés par les abonnés. C'était le baromètre absolu du marché ludique de la côte Est des États-Unis.
Le magazine offrait également des pions supplémentaires à découper, des cartes alternatives et des scénarios inédits. Posséder la collection complète de The General revenait à détenir l'encyclopédie absolue du wargame de plateau.
| Période Dorée | Tirage Moyen | Format Moyen | Signe Particulier |
|---|---|---|---|
| 1964 - 1998 | ~15 000 exemplaires | 12 à 60 pages | Encart de coupons de réduction |
La belle aventure prend fin brusquement au milieu de l'année 1998. Face à la montée en puissance des jeux vidéo et à l'évolution du marché, Avalon Hill est rachetée par le géant Hasbro. Les priorités changent, et le couperet tombe : le volume 32, numéro 3 sera le point final de la revue.
Bien que des successeurs spirituels comme Operations Magazine (édité par Multi-Man Publishing) aient tenté de reprendre le flambeau au début des années 2000, aucun n'a retrouvé l'aura mystique de The General.
Aujourd'hui, alors que les numéros s'arrachent à prix d'or sur les sites d'enchères ou s'archivent religieusement au format numérique par des passionnés, The General reste le témoin intemporel d’une époque pionnière. Celle où la guerre ne se faisait pas sur écran, mais autour d'une table en bois, les yeux rivés sur une grille hexagonale.