DossierEssay
Un titre qui dure quinze ans n'est pas forcément un magazine qui dure quinze ans. Entre le n° 1 et le n° 88, The Space Gamer change trois fois de propriétaire, deux fois de ville, une fois de nom — et à chaque passage, la statistique de son contenu change avec lui.
A title that lasts fifteen years is not necessarily a magazine that lasts fifteen years. Between #1 and #88, The Space Gamer changes owner three times, city twice, name once — and at each handover the statistics of its content change with it.
La revue grossit continûment — 34, puis 42, puis 53 pages. Mais la densité éditoriale ne suit qu'à la fin : ce sont les critiques qui absorbent la croissance de la période Jackson, et la fiction qui disparaît complètement à la troisième.
The magazine grows steadily — 34, then 42, then 53 pages. But editorial density only follows at the end: reviews absorb the growth of the Jackson years, and fiction vanishes entirely in the third era.
Le n° 1 fait vingt pages et coûte 70 cents. Howard Thompson, patron de Metagaming Concepts à Austin, l'annonce dans une lettre ouverte : The Space Gamer sera « le magazine de Metagaming », consacré « entièrement au soutien et à l'amélioration du jeu de science-fiction ». Il en est l'éditeur, le rédacteur en chef et l'éditorialiste : sur les vingt-six numéros Metagaming, il signe quarante et une entrées. Le magazine est trimestriel, puis bimestriel ; il vit de Stellar Conquest, de Melee, de Wizard et de la ligne MicroGames, dont il assure à la fois la promotion et — c'est l'étrangeté — la critique.
Issue 1 runs twenty pages and costs 70 cents. Howard Thompson, head of Metagaming Concepts in Austin, announces it in an open letter: The Space Gamer will be "Metagaming's own magazine", devoted "entirely to supporting and improving science fiction gaming". He is its publisher, its editor and its editorialist: across the twenty-six Metagaming issues he signs forty-one entries. The magazine is quarterly, then bimonthly; it lives off Stellar Conquest, Melee, Wizard and the MicroGames line, which it both promotes and — this is the oddity — reviews.
Cette période est celle où le titre mérite son nom. La SF militaire et la guerre spatiale y occupent 22,6 % des pages, contre 9,9 % pour le jeu de rôle. Les lasers, les manœuvres newtoniennes, la portée réelle d'une arme à énergie dans le vide font l'objet de calculs sérieux et de polémiques de plusieurs numéros dans le courrier des lecteurs.
This is the period in which the title earns its name. Military SF and space warfare take 22.6% of the pages, against 9.9% for roleplaying. Lasers, Newtonian manoeuvre and the real range of an energy weapon in vacuum are the subject of serious calculation and of letter-column arguments running across several issues.
Le n° 26 porte un double éditorial. Thompson y annonce la vente ; en vis-à-vis, Steve Jackson expose sa feuille de route : magazine indépendant, ouvert à la publicité commerciale, et surtout l'engagement de critiquer toute nouveauté du secteur reçue en service de presse. Deux numéros plus tard, TSG passe au mensuel ; au n° 32, Jackson sépare formellement Steve Jackson Games, éditeur de jeux, du magazine, en citant la lettre de démission d'un vice-président d'Avalon Hill sur le conflit entre le concepteur soucieux de qualité et l'éditeur soucieux de profit.
Issue 26 carries a double editorial. Thompson announces the sale; facing him, Steve Jackson sets out his plan: an independent magazine, open to commercial advertising, and above all a commitment to review every new release received for review. Two issues later TSG goes monthly; at #32 Jackson formally separates Steve Jackson Games, the game publisher, from the magazine, quoting an Avalon Hill vice-president's resignation letter on the conflict between the designer who cares about quality and the publisher who cares about profit.
Cinq rédacteurs en chef se succèdent sous Jackson — Forrest Johnson (24 numéros), C. Ben Ostrander, Aaron Allston (13), Warren Spector, Christopher Frink. C'est la période la plus longue, la plus dense et, statistiquement, la moins « spatiale » : le jeu de rôle y atteint 35,6 % des pages.
Five editors follow one another under Jackson — Forrest Johnson (24 issues), C. Ben Ostrander, Aaron Allston (13), Warren Spector, Christopher Frink. It is the longest and densest period and, statistically, the least "spatial": roleplaying reaches 35.6% of its pages.
La charge de Space Gamer empiétait sur le temps nécessaire au développement des jeux. Warren Spector, « The Last Word », n° 76, 1985
Running Space Gamer was eating the time the games needed. Warren Spector, "The Last Word", #76, 1985
Le n° 76 est le dernier publié par Steve Jackson Games. Au 1er octobre 1985, le titre passe à Diverse Talents Incorporated, qui vient de racheter Fire & Movement et compte d'abord le diluer en simple section d'un magazine généraliste. Il faut attendre janvier 1987 et le n° 77 pour qu'Anne Jaffe le relance comme publication autonome, fusionné avec Fantasy Gamer : c'est désormais Space Gamer/Fantasy Gamer. La fantasy passe de 7 % à 17,1 % des pages ; la fiction, elle, disparaît totalement — zéro nouvelle en douze numéros.
Issue 76 is the last published by Steve Jackson Games. On 1 October 1985 the title passes to Diverse Talents Incorporated, which has just bought Fire & Movement and at first intends to dilute it into a section of a general gaming magazine. Only in January 1987, with #77, does Anne Jaffe relaunch it as a standalone publication merged with Fantasy Gamer: it is now Space Gamer/Fantasy Gamer. Fantasy rises from 7% to 17.1% of the pages; fiction disappears altogether — not one short story in twelve issues.
La fin est un enchaînement de reventes. World Wide Wargames (3W) reprend le titre vers le n° 85 ; au n° 86, Barry Osser le relance sous le nom d'un seul mot, SpaceGamer, avec une numérotation « Vol. II, n° 1 ». Le 1er février 1990, 3W le vend à Future Combat Simulations ; Jeff Albanese, revenu bénévolement à la rédaction en chef, rétablit la numérotation continue au n° 88 et ramène la pagination de 64 à 48 pages. C'est le dernier numéro de la collection conservée ici.
The end is a chain of resales. World Wide Wargames (3W) takes the title over around #85; at #86 Barry Osser relaunches it as one word, SpaceGamer, renumbered "Vol. II, No. 1". On 1 February 1990, 3W sells it to Future Combat Simulations; Jeff Albanese, back as unpaid editor, restores continuous numbering at #88 and cuts the page count from 64 to 48. That is the last issue in the run preserved here.