Un article de 2016 propose de traiter l'évacuation d'un quartier inondé comme un wargame : la ville en hexagones, la crise en tours de dix minutes, les services d'urgence en joueurs, la catastrophe en adversaire. L'idée est juste. L'exécution ne l'est pas — l'article décrit en réalité un exercice de table scripté doublé d'une grille de notation qui ne mesure pas l'évacuation.
Ce dossier reprend l'idée, corrige l'exécution, et va jusqu'à une simulation jouable. Le chemin a compté autant que le résultat : trois de nos conclusions ont été renversées par le calcul, dont une que nous avions annoncée avec assurance. Elles sont documentées ici et dans le cahier de vérification.
Chen, Zhang, Sun et Liu, Wargame Simulation Theory and Evaluation Method for Emergency Evacuation of Residents from Urban Waterlogging Disaster Area, IJERPH 2016. Le district de Daoli à Harbin sert de cas d'étude. La méthode annoncée reprend les quatre éléments classiques du wargame — plateau, pions, règles, scénario — et les applique à une crue urbaine.
| Élément | Valeur retenue par l'article | Notre appréciation |
|---|---|---|
| Maille | hexagone, 260 m centre à centre | conservée : 5,854 ha par cellule |
| Tour | 10 minutes | conservé, cohérent avec la table de mobilité |
| Aléa | 18 tours de pluie, périodes de retour 0,5 à 5 ans | conservé, après correction des unités |
| Acteurs | 21 administrations, 9 sièges de commandement | ramenés à 5 services en solo |
| Mobilité | 18 à 36 hexagones par tour selon le véhicule | conservée : 28 à 56 km/h, réaliste |
| Notation | écart entre ordre donné et ordre attendu, pondéré AHP | refondue — voir §4.1 |
Le score de chaque service dépend uniquement de l'écart entre le tour où l'ordre est donné et le tour où le plan prévoyait qu'il le soit. Aucun terme ne porte sur les victimes, les personnes mises à l'abri, la hauteur d'eau ou la saturation des abris.
Les équations (1) et (2) sont corrompues à la composition : la condition
h < t1 − t3 associée au numérateur h − (t1 − t3) produit des scores
négatifs. En reconstruisant depuis les tables, la logique semble être
S = (h − |t1 − t3|)/h bornée à 0 — mais elle ne reproduit qu'une partie des lignes.
Détail dans le cahier de vérification.
L'agrégation finale, en revanche, est saine : les vingt poids AHP somment exactement à 1,000 et la somme pondérée donne bien 0,9640.
R = 0,9 × P en appelant R « pertes par infiltration », alors
que 0,9 est le coefficient de ruissellement. L'équation 11 l'utilise ensuite correctement
comme tel. Les deux se contredisent.R = W×H / (W × 2H), se simplifie en 0,5 constant. La
formule correcte est W×H / (W + 2H).V = v × t × 6 produit une longueur et non un volume, donc h = V/S
est dimensionnellement incohérent.À 260 m par hexagone et dix minutes par tour, une ambulance parcourt trente hexagones par tour. Toute unité atteint tout point en deux ou trois tours : le déplacement cesse d'être une décision.
L'article annonce que « la catastrophe est l'adversaire », avec des dés et des tables de probabilité. Dans les résultats, l'aléa est entièrement scripté : hyétogramme fixe, drainage déterministe, un seul incident, et aucun jet de dé nulle part. Les auteurs le concèdent en conclusion — « the settings were somewhat arbitrary ».
Nous avions d'abord travaillé sur le seul texte. Les figures 2 à 7 contiennent en réalité la situation du district et le plateau de jeu, hexagoné, avec ses pions. Extraites et mesurées, elles donnent la géométrie réelle de l'objet publié.
| Grandeur | Méthode | Résultat |
|---|---|---|
| Orientation de la maille | autocorrélation, rapport des pas | 0,842 → pointy-top |
| Nombre de cellules | composantes connexes hors réseau | 4 453 |
| Emprise du plateau | 4 453 × 5,854 ha | ~260 km², env. 23 × 11 km |
Chaque ligne est une question qui s'est posée, les options envisagées, le choix retenu et sa raison. Les lignes rouges signalent un choix pris contre une position que nous avions d'abord défendue.
| Question | Options | Choix | Raison |
|---|---|---|---|
| Emprise | sous-secteur / district complet / cas du papier | district complet, stratifié | le rural reçoit la pluie et draine vers la ville ; un drapeau actif réduit la
zone jouable au bâti |
| Fidélité de l'aléa | abstraite / semi-réaliste / données réelles | semi-réaliste | formule d'intensité réelle, résolution par dés |
| Unités de la Table 2 | mm par tour / mm par minute | mm/min | la colonne 5 ans somme à 98,3 mm sur 3 h, ce qui recolle à l'événement du 10 août 2011 cité par les auteurs ; en mm par tour on obtiendrait 9,8 mm, absurde |
| Nombre de joueurs | multi-services / solo | solo contre l'environnement | sans arbitre humain, tout ce que l'article délègue au ruling group devient une règle explicite — plus contraignant, mais reproductible |
| Information | brouillard pur / découverte au dé / mixte | état caché déterministe, dé sur la qualité du renseignement | le dé pur transforme l'information en loterie ; le brouillard pur se referme dès que la règle de couverture est comprise |
| Attrition de l'alerte | pendant la partie / en campagne / supprimée | en campagne | pendant la partie, elle punissait l'alerte précoce — or les chiffres montrent que c'est la bonne décision. Le coût d'une fausse alerte se paie à l'épisode suivant, pas au sien |
| Tracé de la voirie | centre à centre / sur l'arête / les deux | route au centre, état sur l'arête | la liaison appartient bien à l'arête, mais un segment tracé le long d'une limite se lit comme une séparation, et 870 barrières y sont déjà. L'arête porte donc l'état, le trait porte l'itinéraire |
| Mouvement des unités | vitesse réaliste / ralentie / animée | vitesse réaliste, trajet tracé | un véhicule est rapide à cette échelle ; l'information intéressante n'est pas la lenteur mais la longueur du détour et l'impossibilité de passer |
| Mise en place des pompes | immédiate / un tour | un tour plein | positionner, dérouler l'aspiration et le refoulement, amorcer : dix minutes est plutôt optimiste. Déplacer un camion annule sa mise en place |
| Barème | taux global / trois termes | trois termes | au taux global, alerter tout le monde au tour 1 était dominant et gratuit. En comptant séparément ce qui devait être évacué, ce qui ne l'a pas été et ce qui n'aurait pas dû l'être, la stratégie s'effondre à 1 % sur une averse faible |
| Situation de départ | fixe / tirée / choisie | choisie ou tirée, mais toujours connue | elle est lue avant la première décision : le joueur arbitre au lieu de subir. Seule la sévérité de l'averse reste secrète |
| Aléas de partie | tout tiré en cours de jeu / trois familles séparées | situation connue, faits cachés, événements | tout mélanger rendrait le jeu arbitraire ; un événement ne doit jamais ajouter une décision, seulement rendre plus difficile une décision déjà prise |
| Pression politique | malus de points / injonction à trancher | une fourche, jamais une taxe | obéir consomme des places d'abri, refuser coûte du capital — et en rapporte si l'on avait raison de tenir. Elle attaque directement la troisième colonne du barème |
| Pression temporelle | chronomètre / budget d'ordres | budget d'ordres ; chronomètre optionnel et coupé par défaut | le budget modélise la capacité de l'organisation, le chronomètre la vitesse du joueur. En séance, la délibération est la matière du débriefing : la couper détruit ce qu'on vient chercher |
La chaîne hydraulique de l'article étant inutilisable, elle a été remplacée par un bilan par hexagone et par tour :
apport = (pluie − pertes initiales) × coefficient de ruissellement
sorties = capacité du réseau, réduite en cas de mise en charge
+ routage gravitaire vers les voisins de charge plus faible
lame = volume accumulé ÷ fraction de l'hexagone où l'eau se concentre
L'eau sur la planche, tour par tour, pour les quatre périodes de retour. Trois lectures : la lame d'eau avec les liaisons coupées, la carte d'accessibilité (le tour où chaque hexagone perd son itinéraire piéton vers un abri), et les tissus urbains.
Nous avions avancé, à partir de la seule structure du graphe, qu'un camion-pompe posé sur l'un des trois sous-passages ferroviaires valait plus que n'importe quelle autre action du plateau. Le calcul donne aux six ouvrages un gain de zéro personne, et cela sous trois variantes de modèle successives.
Le nœud tient en trois chiffres mesurés sur la planche. La première eau visible apparaît au tour 10. La chaîne d'évacuation à pied dure huit tours : un de prise de conscience, deux de préparation, un par hexagone jusqu'à l'abri. Les itinéraires commencent à se couper au tour 11.
| Stratégie | averse 2 ans | averse 5 ans |
|---|---|---|
| Alerter tout le district au tour 1 | 1 % | 56 % |
| Ciblage serré au tour 1 | 25 % | 59 % |
| Ciblage parfait, connu d'avance | 100 % | 100 % |
| Ne rien faire | 0 % | −5 % |
Aucune stratégie ne domine : le ciblage serré gagne largement sur une averse faible et perd sur une forte. La bonne largeur d'alerte dépend d'une sévérité que le joueur ne peut pas encore connaître — et le seul moyen de trancher arrive trop tard. C'est l'objet du jeu.
Le simulateur met tout cela en application, en partie pédagogique commentée ou en partie normale. Les règles en donnent le détail chiffré, le cahier de vérification la traçabilité, et la conduite de séance la manière de s'en servir avec un groupe.
Dernier ajout au modèle, et le plus lourd de conséquences. La population n'est pas répartie de la même façon selon l'heure : à l'heure de pointe, un habitant sur cinq est en déplacement et n'est abritable nulle part — il n'est pas chez lui, il ne peut pas monter à l'étage.
| Heure | à mettre à l'abri | couverture des abris | rappel, alerte générale | rappel, ciblage serré |
|---|---|---|---|---|
| 3 h — nuit | 48 100 | 67 % | 72 % | 57 % |
| 14 h — creux | 78 200 | 41 % | — | — |
| 8 h — pointe | 122 900 | 26 % | 24 % | 42 % |